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  • Je ne peux résister au plaisir de vous faire partager cette perle sur l’histoire des aides auditives.

    C’est une séquence vidéo de 2 minutes 34 mettant en situation des cornets acoustiques dans un style très British. Bien sûr c’est en anglais mais il n’est pas nécessaire de comprendre l’anglais, ni même de bien entendre pour en profiter.

    Vous pouvez également regarder les deux ou trois autres vidéos moins riches mais aussi amusantes sur le même site, notamment celle-ci de 1957 faisant la réclame des dernières nouveautés en la matière (2’20 ») : 

    Enfin, si vraiment ca vous plait vous pouvez les acheter en ligne pour 30£.

  • Combien de fois ai-je entendu cette litanie ? « Mon voisin a un appareil, il ne le porte jamais. » « Ma cousine a été équipée et elle laisse son appareil dans un tiroir. » « L’ami d’un ami ma dit que les aides auditives ca marche pas (et en plus ca coute cher). » La perle c’est cette dame qui un jour m’a déclaré : « je connais 23 personnes appareillées, il n’y en a qu’une seule qui est contente ! » Alors en général on répond : « oui mais maintenant les appareils ont changé, ce n’est plus comme avant, c’est numérique avec de nombreux canaux et plusieurs micros etc etc… ».

    Tous les articles qui paraissent depuis presque un siècle indiquent que la nouvelle technique est meilleure que la précédente et qu’enfin les problèmes seront résolus ! On argumente aussi que les mécontents sont souvent plus véhéments que les satisfaits. Ces derniers ne crient pas leur satisfaction (d’autant qu’ils maitrisent mieux le volume de leur voix que les premiers).

    En fait le premier argument est fallacieux, même si il est basé sur des faits, il simplifie la problématique et détourne du vrai problème : la nécessité d’une accoutumance à l’amplification des sons et donc le rôle d’accompagnement de l’audioprothésiste (on parlait autrefois de rééducation auditive) et la qualité de ses explications, adaptées au patient. L’importance d’un réglage adapté non seulement à l’audiométrie mais aussi à la « psychologie » du patient et à son mode de vie.
    Le deuxième argument est plus intéressant mais on n’a généralement pas de preuves ni de statistiques indépendantes de satisfaction des personnes appareillées.

    C’est sur ces derniers points que je voudrais apporter deux éléments. Un sondage auprès de 15545 personnes dont 1301 déficients auditifs est paru récemment (EuroTrack 2009) et a montré que 86% des personnes interrogées sont satisfaites de leur aide auditive.
    Quant au témoignage individuel qui montre que la technique ne fait pas tout et que lorsqu’on est habitué à son appareil il devient indispensable : le voici ! C’était le chainon manquant de l’argumentation, je l’ai enfin trouvé.

    Il s’agit d’un courrier adressé par un malentendant à son audioprothésiste (la profession n’existait pas il s’agissait du représentant Sonotone) le suppliant presque de lui fournir son aide auditive. Compte-tenu de la date (1944) et de la technologie en question on peut penser que les appareils actuels s’ils sont bien adaptés et utilisés ne devraient pas poser de problème. Je vous laisse juge.

    Pour vous faciliter la lecture :

    5 janvier 1944

    Je vous confirme ma lettre du 30 écoulé. Je vous en prie, retournez-moi mon appareil j’en ai absolument besoin.
    J’ai des visites à faire et sans mon appareil je ne peux pas me déplacer.


    Recevez, Monsieur, mes plus sincères salutations,

    Georges Bonin

    Bien sûr j’attends les commentaires sur le fait qu’aujourd’hui la demande des patients n’est plus la même qu’à l’époque ; pourtant il me semble que M. Bonin compte-tenu de sa fonction devait rencontrer des environnements sonores très variés (usine, « visites », téléphone). Il déclare d’ailleurs ne plus pouvoir « se déplacer »

  • Quelle drôle de surprise de voir une aide auditive PHONAK dont la technologie est celle des appareils à grenaille de carbone et correspond aux années vingt-trente.

    En effet la société suisse n’a été crée qu’après-guerre, époque à laquelle les appareils à lampes étaient déjà très diffusés et où le transistor ne devait plus tarder à faire son apparition (1952 dans les appareils grand public et en l’occurrence dans les aides auditives).

    Une petite consultation du site internet du fabricant confirme bien la date de 1947 comme date de création, le lieu étant Zurich. Il est mentionné comme créateurs : « un groupe d’investisseurs franco-belges » .

    Selon Berger, on découvre également que les premiers appareils du fabricant furent à lampe avec le modèle « Turicum Super » en 1947 puis les modeles « Standard » et « Spezial » en 1950.
    En 1954 le quatrième appareil de la marque est un modele à transistor : « Alpina T3″.

    Alors quel est cet OANI* à grenaille ?

    Après quelques recherches il n’est pas si difficile d’identifier une aide auditive fabriquée entre 1928 et 1934 par French Electric Co. M French, retraité des chemins de fer américains, intéressé par la surdité, avait créé sa société à New-York en 1928. Celle-ci n’a fabriqué que 3 ou 4 modèles. L’observation de ces appareils montre qu’ils étaient tout à fait à la hauteur de ceux de l’époque sans être pour autant très modernes (ni booster ni vibrateur contrairement à Sonotone à la même époque). Seul le modèle C ressemblant à un petit appareil photographique innovait sur le plan esthétique.

    Le modèle représenté ci-dessus est semble-t-il un PHONAK D de 1931 ou 1932.

    Mais alors comment peut-il porter le même nom que la marque mondialement connue ? (ou plutôt l’inverse ?)

    Sur les registres officiels américains je n’ai retrouvé que 4 brevets (dès 1926) portant sur : « Telephone Receiver » ,  » Telephone Receiver Cap » , « Ear Receiver Nipple »(visible sur l’appareil, brevet ci-dessous) et « Microphone Transmitter » , mais aucun sur une aide auditive complète et aucun sur le nom de marque.

    Contrairement à ce que mentionne l’étiquette : « Trademark registered« , il semblerait que Georges Barton French n’ait pas pensé ou jugé nécessaire de déposer le nom.

    Les mêmes registre montrent qu’en revanche une société suisse : « AG fur Elektro-Akustik » a déposé le nom PHONAK le 19 juin 1951 pour des aides auditives, date à laquelle elle l’utilisera également comme nom de société. Une antériorité lui est reconnue pour la Suisse à dater du 26 septembre 1947.

    Les fondateurs de Phonak avaient-ils eu connaissance de la marque de French ? Ont-ils profité de son abandon par son créateur ou l’idée leur est-elle venue spontanément ?
    Ils étaient trois dont un « frenchie » : J.E. FOURNIER qui avait une excellente connaissance du marché américain pour avoir été l’importateur de Sonotone dans les années 30. Il est décédé en 1972. Ses deux associés étaient Brasseur (décédé en 1968) et Ernst Rihs qui avait racheté la totalité des parts (en 1956 selon Wikipedia ou en 1965 selon Phonak.com) et est décédé en 1979 ou 1980.
    Ainsi seul un des descendant -Andy Rihs ?- ou un proche des fondateurs encore en vie pourrait répondre… à bon entendeur…

    Enfin, pour information, la marque Phonak a été renouvelée le 19 juin 1971 (20 ans) puis tous les dix ans : le 15 août 1991 et le 25 août 2001.
    Cinq jours après la nouvelle échéance, son renouvellement n’est pas encore publié en ligne… guettez l’occasion on ne sait jamais !


    *(Objet Amplifiant Non Identifié)


    Rectificatif du 1er septembre 2011 : je viens de trouver un renouvellement de la marque en date du 6 juillet 2011 sur un autre site que le site gouvernemental américain .

    Précision apportée par Julian Hilaire le 2 juin 2013 :
    Ce lecteur curieux et exigeant a obtenu du Dr Karin Huser, aux archives de la ville de Zurich, un extrait du journal « Schweizerisches Handelsamtsblatt ».
    Cet article précise  :  Entreprise fondée le 25 juin 1947 pour « Fabrikation, Verkauf, Import, Export sowie Übernahme von Vertretungen auf dem Gebiete  der Elektro-Akustik und verwandter Gebiete » 


    Les membres du conseil d’administration mentionnés sont : 
    Ernst Rihs (Président) von Meinisberg/BE in Männedorf 
    Dr. Oskar Zwicky (Vice-président) von und in Winterthur/ZH 
    Werner Ad. Günther  von Winterthur in Zürich 

    Y avait-il d’autres membres au CA ? Tous les actionnaires n’étaient-ils pas au CA ?… des questions restent donc en suspend.

  • L’inducteur acoumétrique présenté par le Dr Foy est le premier « audiomètre » français commercialisé. Il sera utilisé au moins jusqu’à la fin des années 30 dans l’armée.
    D’autres appareils français ont été décrits mais il s’agissait plutôt de matériels destinés à la recherche médicale et psychologique. A ma connaissance, aucun n’a été produit en série pour une utilisation hors laboratoire.

    L’inducteur servait à déterminer l’aptitude des militaires de carrière (aviateurs notamment), à estimer les préjudices des pensionnés de guerre mais aussi à sélectionner les simples appelés du contingent. De nombreux paragraphes de la brochure militaire expliquent comment confondre les simulateurs.

    Principe de fonctionnement : 
    Un son est produit dans un écouteur téléphonique placé à l’oreille du patient. La tonalité du son n’est pas réglable en revanche son intensité l’est par le déplacement d’une bobine le long d’un axe gradué. L’appareil n’utilise qu’un seul générateur de bruit et régulateur d’intensité mais deux écouteurs y sont reliés ce qui permet de faire un masquage ou de comparer l’audition d’une oreille à l’autre.

    Génération du bruit :
    Une bobine induite mobile reçoit un champ magnétique d’une bobine inductrice fixe. Celle-ci est équipée d’un rupteur qui coupe le courant à intervalles réguliers (15 fois par seconde) dans le circuit créant ainsi une très haute tension. Chaque « décharge électrique »‘ produit un courant dans la bobine induite qui est reliée à l’écouteur. Ce dernier -electromagnétique- produit une sorte de clic.
    La bobine induite coulisse sur un rail gradué.
    Le tout est alimenté par une pile d’1,5 V.

    Petites questions de vocabulaire :
    Même si le nom donné par son inventeur est « inducteur acoumétrique », à l’époque on parle déja d’acoumètre ou d’audiometre pour différents types d’appareils. Le sens attribué à ces termes est aoujourd’hui différent : acoumetre lorsqu’il n’y a pas de source électrique et audiométrique dans l’autre cas.
    Cependant un audiométre de nos jours est un générateur de sons purs d’intensités normalisées et de fréquences réglables sur la grande partie du champ auditif humain. Or l’inducteur du Dr Foy ne produit pas un son pur et n’est pas réglable en fréquence, il n’est pas non plus étalonné en dB de perte auditive. L’acuité auditive est mesurée en micro-coulomb ou en centimètres sur le rail gradué de l’appareil (et non selon un atténuateur logarithmique tenant compte de la sensation auditive).

    Cet appareil a été utilisé en France au moins jusqu’à la deuxième guerre mondiale.
    Aux USA, le premier vrai audiomètre apparait en 1936 commercialisé par la firme Maico. Il produit un son pur sur diverses octaves et l’atténuateur est gradué en dB HL, c’est à dire que le 0 est le minimum perceptible par un auditeur ayant une audition normale.

    En France ce type d’appareil apparaît seulement après la deuxième guerre mondiale (importé des USA mais aussi de fabrication française). 

    Mesure de l’appareil en ma possession :
    Avertissement : L’utilisation d’un appareil de 1916, même en parfait étât de conservation ne nous garantit pas une reproduction exacte des performances de l’époque.

    Au coupleur 2cc, sur module HIT Madsen aurical, le spectre s’étend de 100 à 1500 Hz avec un léger pic à 1000 Hz.
    Le niveau sonore maximal atteint est de l’ordre de 85 dB SPL (sous réserve de la précision des mesures).

    Un enregistrement suivi d’une analyse de spectre indique un pic vers 630 Hz et un pic secondaire vers 2230 Hz. 

    ces mesures sont donc encore à affiner…

    Etalonnage fin 2009 : une personne bien-entendante perçoit le son jusqu’au maximum de la règle graduée soit 90 cm.


    Les divers malentendants testés font apparaitre une excellente corrélation avec la perte auditive à 500Hz et 750 Hz et ont permis un premier ré-étalonnage grossier en dBHL de la règle.
    Ce début d’étude n’est pas encore assez complet pour en donner les résultats précis et les confronter aux valeurs de l’époque.

  • A ma connaissance, le premier appareil français commercialisé est le parleur du Dr Laimé.

    Produit par la société française des radio-télégraphes, au moins quelques exemplaires ont été vendus puisqu’on en retrouve aujourd’hui.

    Décrit en 1908, Luer l’a commercialisé dans son catalogue de 1913.

    De conception simple : il est le pendant des appareils américains Acousticon commercialisés à partir de 1900. Un microphone est en série avec un écouteur téléphonique et une pile.


    La taille du microphone est considérable : environ 12 cm de diamètre. C’est le seul moyen d’amplifier le signal : jouer sur les rapports de taille entre écouteur et micro. L’écouteur est prévu pour s’utiliser avec un serre-tête.

    Le modèle que je possède ne fonctionne plus en l’état actuel il n’a donc pas été testé.

  • Le 20 octobre dernier, George Clarke, un cinéaste peu connu, a eu la bonne idée pour se faire un peu de publicité de poster sur Youtube une vidéo extraite des bonus du film « Circus » de Charlie Chaplin datant de 1928.

    Son propos est de dire qu’il y a découvert un passager du temps (« time traveller ») en la personne d’une femme assez corpulente qui marche avec un objet à la main collé à l’oreille et bougeant les lèvres. 

    De là s’en est suivi un riche débat sur cette affirmation et ce que fait cette femme.


    1) Pour la première hypothèse, celle du cinéaste il est d’emblée souligné qu’il faut faire voyager la personne mais aussi son téléphone. Quand bien même elle aurait voyagé avec son téléphone, qui aurait-elle pu appeler ? Quelqu’un qui possède une ligne fixe bien sûr !

    Mais alors d’autres internautes nous rappellent qu’il aurait aussi fallu une antenne relais et un abonnement pour son GSM ! Ensuite, pourquoi voyagerait-elle dans le temps avec les habits de l’époque ? Bref cette hypothèse (?)  tombe à l’eau

    2) Un seconde hypothèse nous évoque un alien… sans commentaire

    3) Une hypothèse amusante est que Charlie Chaplin lui-même se serait déguisé en femme et se cacherait légèrement le visage tout en donnant des consignes orales à ses acteurs et techniciens.

    4) L’hypothèse la plus sérieuse et qui nous intéresse sur ce blog est que cette femme tient un appareil auditif. Elle est étayée par un lien vers le site internet de Siemens avec dans la partie historique une photo d’un homme tenant à l’oreille un appareil de 1924 de façon assez similaire.


    http://hearing.siemens.com/sg/10-about-us/01-our-history/milestones.jsp?year=1924


    Un autre internaute nous parle d’un appareil Western Electric 340. Les détracteurs de cette théorie se demandent pourquoi elle parle. Une internaute malentendante nous indique qu’à chaque fois qu’elle essaye un nouvel appareil elle teste sa propre voix. L’appareil serait-il neuf ? 

     

    En tant qu’amateur de vieilles aides auditives, je me devais d’étudier cette proposition. J’ai visionné cette scène de très nombreuses fois et j’en ai conclu qu’il ne s’agit pas d’une aide auditive de l’époque. D’une part elles étaient tenues par un serre-tête ou une poignée en bois ou bakelite, d’autre part seul l’écouteur était posé contre l’oreille ; enfin la main est bien trop en avant pour cela.

    En revanche il pourrait s’agir d’un petit cornet acoustique tenu par l’auriculaire et l’annulaire, tandis que l’index et le majeur assez distants sont libres et que l’extrémité entre dans la conque.

     

    5) J’ai voulu revoir ces images un peu plus tard parce que les doigts paraissent assez grands et très espacés (je pense depuis que la dame porte un gant) et j’ai découvert une dernière hypothèse : la dame se gratte les cheveux. En effet en regardant sous cet angle, on aperçoit que le majeur et l’index bougent juste au niveau du bord de son chapeau.

    Et là tombe la dernière hypothèse/rumeur : l’internaute copain du petit-fils de la dame (!) nous donne la dernière et plus plausible explication : Audrey Manningham, 62 ans replace un peigne/broche à cheveux (« hair comb »). Peut-être jure-t-elle un peu ou peut être comme le dit la légende est-elle un peu démente…

    Reste à vérifier si cette Audrey existe ou s’il s’agit d’un « hoax »… 

    En tous cas ça nous aura bien amusé et on aura donné l’envie d’en savoir plus sur les vieilles aides auditives dans le grand public.